LE CHASSE MARÉE
           Restaurant face à la mer

  Retour à l'accueil

Dans la première moitié du XIXéme siècle la rue du Faubourg Poissonnière n'est encore qu'une infime partie de l'ancien "Chemin de la marée" qui, dés le moyen-Age, reliait les nombreux ports de pêche de la Picardie à Paris. Les ports d'Ault, de Cayeux, de Saint-Valéry, d'Abbeville (avant l'ensablement de la baie de Somme), de Berck, de Boulogne et de Calais commercialisaient d'énormes quantités de poissons. A quoi s'ajoutaient les huîtres, les crevettes ainsi que les coquillages coques, moules et palourdes. Tous ces produits de la mer tenaient, autrefois une très grande place dans l'alimentation. A lui seul, le port de Boulogne expédiait le tiers de sa production vers la capitale.

Les "chasse-marée", des picards, disposaient d'un droit de préemption pour acheter les poissons aux pécheurs, "à un prix raisonnable". ils les transportaient ensuite par leurs propres moyens afin de les revendre aux commerçants parisiens. La marchandise devait arriver, fraîche, aux halles de Paris dans un délai de vingt-quatre heures à trente-six heures au maximum.

Compte tenu de ces contraintes, énormes pour l'époque, les chasse-marée ont dû s'organiser d'une façon très spécifique:

a)- Durant le transport, ils protégeaient les poissons en les enveloppant d'algues, de fougère, de foin ou de paille. Le chargement était recouvert d'une grande bâche ou "ballon".

b)- Ils utilisaient, autant que possible, leurs propres chemins. N'y étant pas gênés par d'autres "rouliers", ils pouvaient ainsi circuler à des vitesses plus élevées.

c)- Si le chasse-marée lui-même ne prenait aucun repos pendant tout son voyage, qui se poursuivait de jour comme de nuit, il n'en allait pas de même pour ses montures qu'il lui fallait changer à plusieurs reprises afin de maintenir l'allure d'un bout à l'autre du trajet. Les chasse-marée avaient donc fini par créer leurs propres relais afin d'y changer de chevaux; et au retour, ils s'arrêtaient à ces mêmes relais pour y ramener les bêtes qu'ils y avaient prises et les laissaient en pension jusqu'a leur prochain passage. L'arrêt ne durait que le temps nécessaire au changement d'attelage : une dizaine de minutes probablement guère plus, les chasse-marée devaient donc posséder de très nombreux animaux: les chargements les plus lourds nécessitaient, pour un seul véhicule, de trente à trente cinq chevaux répartis entre les différents relais! Certains de ceux-ci, auberges ou fermes, possédaient d'immenses écuries susceptibles d'héberger jusqu'à cent chevaux. Il s'agissait donc d'une organisation de très grande envergure appelée depuis le XVIIIémé siècle "la poste aux poissons".

d)- Les chevaux "boulonnais", réputés par leur puissance et leur vitesse, tiraient les lourds attelages. Les besoins de Paris augmentant au fur et à mesure de l'accroissement de sa population, on finira, au XIXéme siécle, par utiliser des attelages de quatre ou même cinq chevaux susceptibles de transporter d'énormes charges! Le chasse-marée se comportait comme un postillon et montait l'un des chevaux pour guider l'ensemble de son attelage.

  retour